Chamane s’agenouillant et priant la déesse-dragon, 2015. © photo Koh Sung-Mi.
Le lendemain, Lola entend des chants doux près du rivage.
Un petit autel fait face à la mer.
Lola : Qu’est-ce que c’est ?
L’anthropologue : C’est un lieu sacré où l’on dépose des offrandes pour prier ou remercier. Fruits, riz et fleurs sont posés avec soin, comme pour ne rien oublier de précieux.
Lola (chuchotant) : Qu’est-ce qu’elles font exactement ?
L’anthropologue : Elles rendent hommage à la déesse de la mer.
Lola (les yeux écarquillés) : Une déesse ?
Une femme invite Lola à déposer une petite fleur sur l’autel.
Elle hésite un instant, puis la pose doucement, sentant le sable frais sous ses doigts.
Une chamane commence à chanter, faisant tinter des clochettes avec des gestes précis et mesurés.
Lola : Une chamane… c’est quoi exactement ?
L’anthropologue : C’est quelqu’un qui sert de messagère entre les humains et les esprits de la nature. Elle guide les prières et les cérémonies, pour que la mer entende ce que l’on souhaite… ou qu’elle soit remerciée pour ce qu’elle a donné.
Les plongeuses demandent protection avant la saison, de revenir vivantes, car plonger reste un métier risqué. Ces rituels rappellent que la mer ne se commande pas.
L’anthropologue : Sur l’île de Jeju, certaines traditions racontent que la mer est protégée par Yowang Halmang, la « grand-mère dragon ».
On dit qu’elle veille sur les plongeuses, peut offrir des récoltes abondantes… ou déclencher des tempêtes si elle se met en colère.
Chamane en pleine cérémonie, 2015. © photo Koh Sung-Mi.
Lola (murmurant) : Elles croient vraiment qu’elle existe ?
L’anthropologue : Pour certaines, oui. Pour d’autres, c’est surtout une histoire symbolique, qui rappelle la force et l’imprévisibilité de la mer. Mais toutes connaissent son nom et le respect qu’elle inspire.
Lola serre instinctivement la main de l’anthropologue, sentant la gravité et la beauté du moment.
Avant le début d’une saison importante, les plongeuses organisent toujours une cérémonie.
La plongeuse (souriant) : Parler à la déesse-dragon, c’est reconnaître qu’on dépend de la mer. C’est aussi transmettre aux jeunes qu’il faut la respecter, pas seulement la prendre.
Aujourd’hui, toutes les plongeuses ne participent pas à chaque rituel.
Mais beaucoup se rassemblent encore lors des grandes cérémonies, comme pour relier le passé au présent.
Lola observe l’autel tourné vers l’horizon, et elle comprend que pour les jamnyo, plonger n’est pas seulement un métier.
C’est une promesse silencieuse avec la mer.
Mais ce lien est fragile. Les plongeuses sont de moins en moins nombreuses.
Chamane accomplissant un rituel. © photo Koh Sung-Mi.