3 — Comment protègent-elles la mer ?

Plongeuses regagnant le rivage après une plongée de cinq heures, 2015. © photo Koh Sung-Mi.

Le soleil est déjà haut dans le ciel, dorant les rochers et faisant scintiller l’eau comme un million de petits diamants.
Les plongeuses reviennent sur les rochers, glissant leurs filets avec une grâce presque chorégraphiée.

Lola observe attentivement chaque geste.

Lola : Mais… leurs paniers ne sont pas très remplis.

L’anthropologue : C’est normal. Elles ont trouvé plus que ce qu’elles ont pris… mais elles ne veulent pas utiliser de bouteilles d’oxygène.

Lola (fronçant les sourcils) : Je ne comprends pas pourquoi.

L’anthropologue : Pour ne pas être tentées de prendre plus que ce dont elles ont vraiment besoin.

Une plongeuse montre un petit coquillage à Lola.
Il est minuscule. Puis, doucement, elle le remet dans l’eau comme si elle posait un trésor fragile dans un coffre invisible.

Lola : Pourquoi le rend-elle à la mer ?

L’anthropologue : Parce qu’il doit encore grandir.
Si on le prend maintenant, il ne pourra pas atteindre sa taille adulte et produire à son tour de nouvelles générations.

La plongeuse prend la main de Lola et, avec ses doigts, lui montre la taille minimale à respecter.
C’est presque un jeu de devinettes : « Trop petit ? On le laisse ! »

L’anthropologue : Elles considèrent les fonds marins comme un jardin sous l’eau.
Comme de petites agricultrices, elles nettoient soigneusement le sol et « plantent » des graines pour que les ormeaux et les conques puissent grandir.

Lola (étonnée) : Des graines… dans la mer ?

La plongeuse s’accroupit et montre un petit coquillage dans sa main.

Plongeuse (souriant) : On les aide à pousser un peu… comme des bébés dans un potager sous-marin !

L’anthropologue : Exactement. C’est ce qu’on appelle l’économie circulaire : la mer donne, elles rendent un peu… et tout continue à vivre.
Elles observent les algues, surveillent la taille des coquillages et laissent aux espèces le temps de grandir et de se multiplier.

Plongeuses jamnyo à Udo, 2016. © photo Koh Sung-Mi.

Plus loin, un groupe de plongeuses discute à voix basse, leurs gestes dessinant des cercles dans l’air comme un langage secret.

Lola : Mais de quoi parlent-elles ?

L’anthropologue : Elles décident où elles plongeront la semaine prochaine.
À Jeju, les zones de plongée alternent : un endroit utilisé aujourd’hui sera laissé tranquille demain.

Lola et l’anthropologue s’approchent.
Une des femmes leur explique, en montrant une carte dessinée sur le sable, quelles zones seront laissées au repos.

Lola : C’est pour que la mer se repose ?

L’anthropologue : Exactement.

Lola : Et que se passe-t-il si quelqu’un prend trop ?

L’anthropologue (calmement) : Alors elle met tout le groupe en danger.
Ici, la mer appartient à tout le monde.
Si on l’épuise, plus personne ne pourra vivre de son travail.

Les règles ne sont pas écrites dans un grand livre.
Elles sont apprises, expliquées et transmises des anciennes aux plus jeunes, comme une histoire chuchotée par les vagues et le vent.

Le vent se lève.
Les plongeuses regardent l’horizon, immobiles et attentives, comme si elles décodaient un secret caché dans le bruit des vagues.

Lola : On dirait qu’elles écoutent la mer.

L’anthropologue : Pour elles, la mer est vivante et mérite le respect. Certaines disent même qu’elle a une âme… et qu’il faut lui parler avec douceur.

Lola ferme les yeux un instant, sentant le vent sur son visage et le parfum salé de l’eau.
Elle se dit qu’ici, chaque geste compte… et que la mer semble vraiment répondre à ceux qui prennent le temps de l’écouter.

Prières et offrandes à la déesse dragon, 2016. © photo Koh Sung-Mi.

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