Comme les fermiers sèment des graines, les plongeuses en plantent dans la mer pour que les ormeaux et les conques puissent grandir. © photo Koh Sung-Mi.
La mer bouge doucement.
Une plongeuse flotte quelques secondes… comme si elle jouait à cache-cache avec l’océan… puis disparaît sous l’eau, laissant derrière elle de petites bulles scintillantes.
Les secondes passent, et soudain un sifflement aigu traverse l’air : c’est le sumbisori, le souffle des jamnyo après la plongée. Un peu comme un concert miniature offert par la mer.
Lola penche la tête, fascinée.
Lola : On dirait qu’elle siffle !
L’anthropologue : Oui, elles plongent en apnée.
Autrement dit, elles retiennent leur respiration sous l’eau, sans aucune bouteille d’oxygène.
Certaines peuvent rester jusqu’à deux minutes sous la surface. Deux minutes… ça peut sembler facile assis sur une chaise… mais sous l’eau, en bougeant et en ramassant coquillages et oursins, c’est une autre histoire !
Les plus expérimentées descendent jusqu’à 15 ou 20 mètres, l’équivalent d’un immeuble de sept étages… sous l’eau. Lola fronce les sourcils et imagine les plongeuses glissant dans le noir comme des fantômes marins.
Lola : Mais comment leur corps peut supporter ça ?
L’anthropologue : Avec l’entraînement, elles apprennent à mieux contrôler leur respiration.
Leur cœur bat plus lentement et elles se calment pour économiser de l’énergie.
C’est un peu comme si elles avaient un bouton “pause” à l’intérieur d’elles-mêmes.
Une plongeuse s’approche de Lola et lui montre comment prendre une grande inspiration en gonflant le ventre, en exagérant chaque mouvement pour que Lola voie bien.
Puis, avec un clin d’œil :
La plongeuse : Il faut d’abord calmer son cœur.
Lola ferme les yeux, gonfle son ventre… et fait semblant de respirer sous l’eau, mais éclate bientôt de rire.
Lola (riant) : Je ne tiendrais même pas trente secondes !
La mer peut être imprévisible : courants, vagues, fatigue…
C’est pour ça qu’elles plongent en groupe, toujours attentives les unes aux autres.
Comme une petite armée silencieuse de loutres courageuses, elles veillent à ce qu’aucune camarade ne se perde, et à ce que chaque récolte remonte entière.
Plongeuse jamnyo, 2016. © photo Koh Sung-Mi.
Lola suit des yeux une plongeuse qui réapparaît, tenant un panier rempli d’algues et de coquillages comme un trésor.
Elle lève les mains vers le ciel, laissant tomber quelques gouttes étincelantes qui scintillent au soleil.
Lola regarde la surface et imagine les plongeuses disparaître sous l’eau, leurs silhouettes ondulant comme des vagues vivantes.
Elle a l’impression de voir un ballet silencieux, presque magique, où chaque mouvement compte, où chaque souffle est précieux.