1 — Qui sont les femmes de la mer ?

Une plongeuse fière de la récolte du jour de son groupe. Udo, 2016. © photo Koh Sung-Mi.

Sur l’île de Jeju Island, certaines femmes travaillent dans la mer depuis plus de quatre siècles.
Quatre siècles ! Autant dire que la mer et elles se connaissent très bien.

Chaque jour, elles plongent pour récolter des coquillages, des ormeaux, des oursins et des algues.
Attention : ce n’est pas un petit loisir de vacances avec masque et tuba.
C’est un métier. Un vrai métier, parfois très dur.

Lola regarde l’océan et essaie d’imaginer ces femmes disparaître sous l’eau pendant de longues minutes.

Lola : Pourquoi ce sont uniquement les femmes qui font ce travail ?

L’anthropologue : Autrefois, beaucoup d’hommes partaient pêcher ou commercer très loin, sur d’autres mers. Les femmes, elles, restaient près des côtes.
Peu à peu, la plongée est devenue leur spécialité.

Avec le temps, ce sont elles qui ont assuré la plus grande partie des récoltes marines et des revenus des familles.
À Jeju, pendant longtemps, la mer a été entre les mains des femmes.

Les plongeuses aiment aussi plaisanter sur ce sujet.
Selon elles, le corps des femmes est mieux adapté à la plongée : elles résistent mieux au froid grâce à une couche de graisse un peu plus épaisse que celle des hommes, et avec les années elles deviennent encore plus expérimentées…

… alors que les hommes, disent-elles en riant, restent plus fragiles.

Lola esquisse un petit sourire.

Lola : À partir de quel âge apprennent-elles ce métier ?

L’anthropologue : Vers 12 ans.
Elles regardent leurs mères, leurs tantes et leurs voisines travailler.

On ne devient pas jamnyo du jour au lendemain : il faut des années pour apprendre les gestes, les règles de sécurité et surtout le courage.

La transmission se faisait simplement : en regardant, en écoutant et en s’entraînant.

Lola observe les plongeuses qui préparent leurs paniers.

Lola : La plupart de ces femmes semblent très âgées.

L’anthropologue : Oui, aujourd’hui beaucoup sont des grands-mères.
Il y a peu de jeunes femmes qui choisissent ce métier difficile.

Lola fronce les sourcils.

Lola : Alors leur tradition pourrait disparaître ?

L’anthropologue : Oui, si personne ne transmet le savoir et le courage nécessaires.
C’est pour cela qu’il est important de raconter leur histoire et de comprendre qui elles sont.

Lola regarde la mer agitée.

Lola : Mais comment font-elles pour plonger sans respirer dans une mer parfois glaciale ?

À ce moment-là, une plongeuse âgée s’approche.

Majestueuse silhouette d’une plongeuse marchant comme un général revenant du front. © photo Koh Sung-Mi.

Elle tend ses mains épaisses, marquées par le sel et le froid.
Des mains solides, façonnées par des années passées dans l’eau.

La plongeuse sourit.

La plongeuse : La mer m’a tout appris.

Lola la regarde avec admiration.

Lola : Est-ce que c’était difficile au début ?

La plongeuse hoche la tête et remonte ses épaules en mimant le froid qui saisit le corps quand on entre dans l’eau.

L’anthropologue : On ne devenait pas jamnyo en un jour…

Lola ouvre de grands yeux.

Lola : Mais que font les hommes pendant ce temps ?

La plongeuse éclate de rire.

La plongeuse : Les hommes, eux, s’occupent des gros travaux : construire des murs, porter des paniers très lourds… et parfois courir derrière les enfants qui font des bêtises !

Elle fait un geste vers la mer.

La plongeuse : Ils viennent aussi nous aider quand nous sortons de l’eau, un peu comme des assistants super costauds.
Pendant ce temps, nous plongeons et rapportons de la nourriture.

Comme ça, tout le monde contribue à la famille…
mais les femmes restent les vraies championnes de la mer !

Lola observe les vagues et voit les plongeuses glisser sous la surface, agiles et silencieuses comme des phoques jouant dans l’écume.

Clique sur la fiche 2 pour découvrir comment elles plongent en apnée.

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